Méditation de la passion du Christ

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Méditation de la passion du Christ : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » (Jean 18-34)

pilate se lave les mains
Pilate et Jésus

Pour la méditation de la passion du Christ, arrêtons-nous sur cette phrase de Jésus à Pilate lors de son « procès » qui peut aussi se dire : « as-tu pensé cela de toi-même …». 

Nous entrons dans la semaine sainte où se déchaîne la violence contre le Christ. Les phrases du Christ se font rares et elles revêtent donc une force particulière. Le procès de Jésus est fait de ressenti et de préjugés lié à une manière de penser la religion et le rapport au monde : il blasphème, il se prend pour Dieu, pour le Roi. S’il est acclamé aux Rameaux, c’est pour le faire roi politique d’Israël contre les romains. Jésus fuit et cela entraîne la déception profonde de ceux qui attendait une libération politique, il semblerait que ce soit le cas de Judas.

Pilate intervient donc comme une personne extérieure à ces questions : « est-ce que je suis juif, moi ? » et pourtant il doit émettre un jugement. Après avoir jugé que Jésus était innocent, il se lavera les mains en signe de faiblesse, soumis à la pression haineuse de la foule manipulée par des tribuns efficaces.

Pour notre temps, il arrive que ces questions soient d’actualités : ce que je pense de notre pays, des candidats à l’élection présidentielle, des personnalités publiques ou même d’une personne sur les réseaux sociaux, est-elle une pensée de moi-même ou une pensée héritée de ce que je lis, je vois dans tous ces médias qui servent de relais ? Il en est de la même manière de ce que je pense de mes proches, d’amis, de mon patron ou de collègues en fonction des paroles que j’écoute chez les autres. Or, les paroles malveillantes sont presque toujours plus fréquentes que les paroles bienveillantes.

La question de Jésus est importante pour nous. Il en va de notre propre liberté de pensée, de la vérité de notre jugement et de la relation aux autres. Je peux agir comme les chefs religieux et lancer de fausses informations. Je peux agir comme Judas dans la déception et provoquer la trahison. Je peux agir comme la foule et demander la condamnation parce que d’autres me l’ont dit. Je peux me dessaisir comme Pilate en laissant faire. Je peux agir comme les apôtres et fuir par peur. Toutes ces attitudes nous ramènent à cette question que Jésus nous pose : « as-tu pensé cela de toi-même ou d’autres te l’ont dit ». Le corollaire est celui-ci : vas-tu agir librement ou sous influence ?

P. Yves-Arnaud Kirchhof, Curé de Saint-Pierre du Lac de Créteil; Délégué Diocésain du Service d’Évangélisation des Jeunes et des Vocations du diocèse de Créteil; Prêtre Responsable du Frat de Lourdes