étudiants

Homélie de Mgr Michel Aupetit – Messe des étudiants d’Ile-de-France

Jeudi 15 novembre 2018 – 32e semaine du Temps Ordinaire – Année B
Messe des étudiants d’Ile-de-France en la cathédrale Notre-Dame de Paris
– Phm 7-20 ; Ps 145,6-10 ; Lc 17,20-25

Homélie de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris

Toc, toc, toc…. On frappe à la porte. J’ouvre. Nous sommes en 1974 et voilà que deux personnes sur le palier de l’immeuble m’abordent en me tendant une Bible : « savez-vous que l’année 1975 est désignée par la Bible comme l’année de la fin du présent système de choses ». Je ne connaissais pas les témoins de Jéhovah et leur propension à nous parler de la fin du monde. Bien que jeune encore et peu averti de l’Écriture Sainte, je connaissais suffisamment l’évangile pour me rappeler cette phrase : « nul ne sait ni le jour ni l’heure » (Mt 24, 36). Et puis aussi ce que nous venons d’entendre : « le jour du Fils de l’homme sera comme un éclair qui illumine l’horizon ».
A toutes les époques, les événements terribles, les guerres, les épidémies, les catastrophes naturelles, la folie des hommes et leur propension à choisir le mal, la décadence institutionnalisée nous poussent à tellement espérer le retour du Christ qu’il est tentant de penser que les signes de la fin du monde se manifestent.
Mais ce n’est pas la détestation du monde qui doit nous faire espérer le retour triomphal de Jésus. Certes, nous pouvons penser que notre monde va à sa perdition avec le réchauffement climatique, la dislocation de la famille, la société individualiste dans laquelle nous sommes où les lois ne sont plus ordonnées au bien commun mais asservies aux désirs individuels des plus puissants. Il est vrai que la société de fraternité que le Christ nous a demandé de construire se heurte à ce narcissisme grandissant qui envahit les sociétés occidentales.
Faut-il pour autant détester ce monde ? Faut-il le rejeter et chercher un ailleurs illusoire ? Faut-il espérer la fin des temps? Où est le Règne de Dieu ? Dans l’illusion d’un hypothétique monde meilleur ?
Ecoutons Jésus : « le règne de Dieu est là au milieu de vous ». Il ne s’agit donc pas d’un territoire, d’une terre promise comme pour les juifs ou d’une terre d’islam comme pour les musulmans. Non ! Le Règne de Dieu est présent là où le Christ est présent. Car, il n’y a pas d’autre nom qui nous sauve sous le Ciel. Le Royaume de Dieu n’est donc pas un territoire, mais le cœur de l’homme. C’est le seul lieu où le Christ veut établir son règne.
Il ne s’agit pas de mettre en place une révolution qui change les structures de la société. Il s’agit de transformer les cœurs. L’exemple d’Onézime est édifiant. Cet esclave qui s’est enfui de chez son maître Philémon s’est converti au christianisme avec saint Paul. Ce dernier le renvoie à son maître à qui il demande de le considérer non plus comme un esclave mais comme un frère. Abolir l’esclavage était essentiel. En France, il n’a été aboli qu’à la moitié du 19e siècle, bien après la Révolution française. En revanche, si le cœur habité par le Christ nous fait voir en chaque homme un frère, fils de Dieu, revêtu d’une dignité insurpassable, il est impossible de le traiter en esclave.
Mais est-ce que nous voulons que le Christ règne dans nos cœurs ?
Si c’est le cas, nous ne pouvons pas détester le monde que le Christ est venu habiter pour le sauver, pour lui permettre de connaître le Père. Si le Christ est mort sur la croix, c’est par amour des hommes de ce monde. Nous devons le transfigurer par nos vies, par notre façon de vivre l’évangile en vérité. Car si les chrétiens vivent comme le monde, ils sont du monde. S’ils sont au Christ, ils aiment le monde sans se compromettre dans ses dépravations et veulent lui porter ce qui fait leur joie : notre Seigneur Jésus-Christ. Nous sommes le Corps du Christ. L’Église n’est pas une institution, elle est le Corps du Seigneur. C’est Lui qui la rend belle. C’est vous qui rayonnez cette beauté par votre sainteté. C’est Lui, Jésus, qui fait de nous des frères, fils d’un même Père. Nous ne pouvons pas être indifférents au sort de nos frères humains car, rappelez-vous ce que Dieu a dit à Caïn, l’assassin de son frère Abel : « qu’as-tu fais de ton frère ? ». Caïn a répondu : « suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9-10). Et vous, chers jeunes, que répondez-vous à cette question du Seigneur ?